MAISON D'ARCHITECTE
 
 
LA VILLA KLASEN
d'inspiration
Bauhaus

Quatre cubes d’un blanc immaculé percés d’ouvertures vitrées d’une géométrie sans compromis, posés sur un terrain en restanques planté d’oliviers laissé à l’état de nature : c’est un geste architectural fort qui surprend dans un environnement de mas néo-provençaux. 
Le fruit hors du commun d’une symbiose amicale entre un grand artiste contemporain et un architecte inspiré. 
 

Par Florence CANARELLI


 
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Dès le portail aux dessins géométriques, le visiteur ressent la force du concept d’une architecture hors de toutes conventions : deux allées qui partent en diagonale  celle de gauche seule menant à la villa principale. Pour entrer, un cheminement tout aussi inattendu, puisqu’il faut traverser une entrée entourée de hauts murs où se profile une sculpture dogon pour enfin, après avoir descendu les larges marches du hall, parvenir  dans une "cathédrale” de lumière haute de huit mètres. 
Un espace aux dimensions inédites, éclairé d’ouvertures rectangulaires tout aussi hautes et surplombé d’une longue coursive en mezzanine, d’où la vue est encore plus spectaculaire, se heurtant à l'imposant pilier carré central qui se termine en forme de croix. 
                                                                                        
 
Et pourtant, ce n’est qu’une maison de vacances, perdue au bout d'une toute petite route de l'arrière-pays grassois, "dernière maison de la civilisation" comme aime à le dire son propriétaire. 
Un propriétaire certes peu conventionnel puisqu’il s’agit de Peter Klasen, grand artiste plasticien d’origine allemande, amoureux de la France et d’une française.
Ouvert et généreux, Peter Klasen aime faire visiter sa maison, et en parler : 
- “C’est une maison qui respecte la nature environnante et qui a sa spiritualité propre - le pilier en forme de croix  symbolisant l’arbre de vie. Sa hauteur imposante donne une respiration particulière à la dimension humaine”. 
 Façon sans doute d’exprimer que le gigantisme ne lui fait pas peur, comme cette installation de 35.000 mètres carrés qu’il a réalisé dans le quartier de La Défense à Paris.


 
Une symbiose entre l’artiste et l’architecte

L'histoire de la maison commence en 1974, dans un restaurant de Tourrettes sur Loup, où Peter Klasen rencontre pour la première fois les Petitcollot, couple d'architectes qui vit comme lui dans une des vieilles maisons du village. 
L’un est un Allemand du nord né à Lübeck, l’autre d'une vieille famille parisienne - et pourtant, le courant passe. Devenus amis, partageant des vues communes sur l’art et l’architecture, c’est tout naturellement qu’ils décident de travailler ensemble, le jour où Peter Klasen trouve le terrain de ses rêves dans la région grassoise. 


 
C’était en 1989, époque d'euphorie portée sur l'art d'avant-garde.  
Ayant en tête quelques idées très précises (lire en encadré), l'architecte réalise une première maquette qui plaît aussitôt à Peter et à son épouse Claudine, tous deux adeptes du style “Bauhaus”, minimaliste et dépouillé. 
Également passionnés d’art africain et de design, le couple Klasen rêvait d’un lieu ouvert, convivial, exemplaire où ils pourraient recevoir famille et amis, et également “mettre en scène” leur collection de masques Dogon de grande dimension (l’un d’eux mesurant près de six mètres de haut) ainsi que les oeuvres d'art de leurs amis - Villeglé, Raymond Hains, Alain Jacquet ou Ben. 

Habitués des dimensions hors normes  - depuis qu’ils ont réhabilité en loft une ancienne usine à Vincennes, la proposition de l’architecte ne leur fait pas peur : ni le concept généreux des quatre cubes blancs disposés en diagonale autour du vide - manière d’exprimer “la présence forte du vide “selon les termes de l’architecte. Ni les deux énormes piliers tels des totem plantés au milieu du séjour et de l’atelier. 
Les Klasen ont pu apporter leur touche personnelle, comme ces poignées de portes en forme de petites roues métalliques, en référence aux tableaux du peintre.
La villa Klasen est aujourd’hui une référence sur le plan international en matière d’architecture contemporaine sans compromis.

 
Peter Klasen

A 69 ans, Peter Klasen est aujourd'hui un artiste de renommée dont l'oeuvre acquiert une notoriété internationale. Figure majeure du  mouvement "Figuration Narrative", cet allemand à Lübeck est arrivé à Paris en 1959, après les beaux-arts de Berlin, pour ne plus quitter la France. 
Son travail, s'appuyant sur des documents photographiques et toujours lié à des problématiques contemporaines, explore les thèmes de la froideur de la machine et de la technologie ”dans sa confrontation conflictuelle à l'humain” voire à la sensualité pour ses tableaux les plus récents. On trouve ses oeuvres dans 70 musées à travers le monde dont les plus grands : Beaubourg ou le MOMA de New York. 
Claudine d'Hellemmes, qu’il a épousé en 1987, et avec qui il a deux filles de 16 et 13 ans, Sydney et Joy, est architecte d'intérieur : c’est elle qui a dessiné une grande partie du mobilier de la villa.
 

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