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PORTRAIT D'ARTISTE     



Patrick MOYA ou l'art du bonheur 
 
Des grandes sculptures en acier érigées en Asie aux petits lits en céramique modelés en Italie, des pinceaux au computer, des soirées techno aux murs d'une chapelle, de l'art contemporain à l'art numérique, voire « post-numérique », Patrick Moya est partout. Une démarche invasive et unique qui prend comme prétexte son nom et son image.
 

Né en 1955 à Troyes, Patrick MOYA a fait ses études à la Villa Arson de Nice avant de poser nu comme modèle aux Beaux-Arts durant dix ans pour "devenir la créature et non le créateur". Car il a lu Macluhan, et s'interroge avec lui sur les changements apportés à l'histoire de l'art par les nouveaux médias : "avec les médias d'ubiquité, comme le direct à la télévision, le créateur n'a plus le temps de raconter l'histoire de l'art ; il doit, pour exister, devenir créature".
Après ce long épisode où il n’est qu’une « créature passive », sorte de Narcisse se laissant admirer et vivre dans le regard des autres, il reprend la peinture pour mettre en pratique ses théories sur l’art et les médias, vouant désormais sa vie à l’art : il commence par décliner de mille manières les lettres de son nom, assimilant l’œuvre à sa signature, avant de créer (en 1996) son personnage, autoportrait décalé bientôt entouré d'un bestiaire presque qu'humain.
Deux ans plus tard naitra la « Dolly », la brebis-mascotte de la célèbre soirée techno Dolly Party, qui enrichira son univers.
En juin 2007, il termine, après 4 ans de travail, la chapelle qui porte son nom à Clans (petit village perché des Alpes Maritimes), et en février 2009, il peut défiler sur « son » premier char,  dessiné pour le carnaval de Nice.
Entre-temps, Moya aura érigé de grandes sculptures en acier en Asie et modelé de petits lits en céramique en Italie, passant avec virtuosité des pinceaux au computer, de l'art contemporain à l'art numérique, voire « post-numérique ».
Car refusant de se limiter, Moya veut être partout, toucher à tout : dés 1985, il utilise un ordinateur MO5 pour écrire son nom, et bientôt, réalise des images puis des films en 3D, dans lesquels il réinvente son univers.

 
On comprend pourquoi un monde virtuel comme Second Life n’attendait que Moya, à moins que ce ne soit l’inverse !
 
Sur l’île virtuelle qu’il possède dans ce web en 3D, le créateur est enfin devenu une créature sous le nom de son avatar, Moya Janus, qui reçoit ses visiteurs en les immergeant dans son univers.
Après avoir donné son nom à cette île, il en a fait une « petite dictature de l’art » entièrement voué à Moya : vieux village de Moya, Chapelle Moya, musées Moya, Biennale de Moya, boutiques Moya, centre de recherche Moya, Moya Hospital et Moya Tower, place et rues Moya, sans oublier quelques manifestants « anti-Moya » massés à la frontière du Moya land … Et dans laquelle Moya Janus, vêtu d'une combinaison taguée des lettres de son nom, remixe ses oeuvres passées et présentes, réelles et virtuelles.
Conçue comme une oeuvre d'art globale, elle est l’aboutissement d’une démarche invasive devenue immersive.
 Moya serait-il «l'un des grands pionniers des univers numériques », comme l’écrit le critique Mario Gerosa, spécialiste des mondes virtuels et rédacteur en chef d'AD magazine, qui a organisé à Florence en Italie la première grande exposition présentant « l’art dans Second Life » …
Intitulée «Rinascimento Virtuale », cette exposition se tenait jusqu’en janvier 2009 dans le musée d’anthropologie de la ville de la Renaissance : une salle entière était consacrée à la « civilisation Moya », mettant en évidence le riche parcours d’un artiste complet, capable de passer sans transition de la peinture traditionnelle sur les murs d’une chapelle catholique à sa reproduction en 3D dans un monde virtuel, dans lequel il vit une « seconde vie » de Créature qui joue à être un Artiste !

Florence Canarelli, journaliste et critique d’art, auteur de deux livres sur Moya

Contacter Florence CANARELLI



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